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domingo, 3 de febrero de 2013

LETTRE DU GRAND PORTAIL THOMAS D'AQUIN

Qu'est-ce que la vérité ?  


     « Qu'est-ce que la vérité ? » La réplique désabusée de l'homme de pouvoir, soupçonneux en permanence des intrigues et de la duplicité de son entourage, cette réplique a traversé les siècles de son scepticisme nostalgique. La réponse se résume le plus souvent, pour son auteur, à un rapport de forces : le vainqueur a raison, et le perdant a tort.


      Aristote estime la vérité à la fois facile et difficile à atteindre. Quel archer manquerait une porte ? demande-t-il. Toucher la cible est, en effet, la moindre des choses, mais planter sa flèche dans le mille, voilà qui est autrement exigeant. Sa parabole est claire : tout homme est naturellement assuré de pouvoir connaître la vérité, tant qu’il demeure dans une certaine généralité, mais la difficulté s’accroît avec la recherche de précision et de distance. C’est alors qu’interviennent les mœurs intellectuelles, acquises avec la culture et l’étude, qui renforcent, et limitent à la fois, nos démarches rationnelles. Le Stagirite en compte au moins cinq :

      Certains n’acceptent qu’une formulation mathématique du savoir, en dehors de laquelle, tout n’est, à leurs yeux, que littérature et sentiments. C’est, dit Aristote en pensant aux pythagoriciens et aux platoniciens, le propre des disciples nourris aux mathématiques dès leur jeune âge. Les esprits concrets, en revanche, ne reçoivent pour vrai qu’un discours émaillé d’exemples et tiennent l’abstraction pour chimérique. Beaucoup, par manque de force intellectuelle, redoutent un jugement personnel et s’en remettent entièrement à l’avis d’autorités reconnues. Les débatteurs, à l’inverse, n’admettent une conclusion qu’après l’avoir discutée de fond en combles ; ils exigent en tout domaine une rigueur scientifique, là même où elle est notoirement impossible. Les libéraux, enfin, méprisent ces affrontements qui leur semblent de mauvaises chicanes ; ils les jugent vulgaires et indignes d’un esprit supérieur. Nous reconnaissons aisément dans cette galerie, le portrait de ceux qui font aujourd’hui profession de philosophe. Ces tournures d’esprit conduisent, chacune à sa manière, l’intelligence jusqu’à un certain degré de vérité ; mais leur partialité même explique leur impuissance à aller au-delà et – surtout – à communiquer entre elles pour éviter le rapport de forces.

      C’est pourquoi, conclut notre philosophe, tout intellectuel se doit d’acquérir la pratique de la logique, qui est la méthode des méthodes et la règle des règles. C’est à cette condition impérative que les hommes pourront s’entendre objectivement sans renier leur propre façon de penser, et progresser indéfiniment vers la vérité. À ce compte, la capitalisation des savoirs dans l’histoire de l’intelligence ouvre des perspectives illimitées, car le progrès vers la vérité est œuvre commune, à travers les âges et la somme des génies ; la logique en est la base arrière.

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