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miércoles, 21 de octubre de 2015

Le cardinal Burke : "L’Église ne fait pas de politique, elle est le Christ même qui va à la rencontre des gens


« La culture relativiste ambiante peut entrer jusque dans l’Église »



Par Laurent Dandrieu

Catholicisme. Synode, évangélisation, liturgie : échange avec le cardinal Burke, cardinal-patron de l’ordre de Malte, sur la vie de l’Église et ses perspectives.



Ancien archevêque de Saint-Louis (Missouri), créé cardinal par Benoît XVI qui l’a nommé préfet du Tribunal suprême de la Signature apostolique, la plus haute juridiction de l’Église catholique, le cardinal Raymond Leo Burke fut l’une des voix les plus écoutées de la première session du synode sur la famille, en octobre 2015. Ayant quitté la curie pour devenir cardinal-patron de l’ordre de Malte, il ne participe pas à la seconde session, qui se déroule actuellement à Rome. Nous l’avons rencontré à l’occasion de la sortie d’un livre d’entretiens avec Guillaume d’Alançon, “Un Cardinal au cœur de l’Église”.

Éminence, qu’est-ce que vous attendez de l’actuel synode sur la famille ?

Il y a eu beaucoup de confusion pendant toute la période de préparation de la première partie du synode, comme entre les deux sessions. J’espère qu’il y aura une clarté sur ce qu’est la vérité du mariage et un renforcement de l’enseignement sur ce point, pour inspirer et encourager les couples chrétiens à vivre la grâce du mariage, qui est la grâce d’un amour fidèle, indissoluble et procréatif. Mais la sécularisation de la culture a étendu son influence jusque dans l’Église même ; et les idées fausses de la culture relativiste ambiante peuvent entrer dans l’Église et corrompre son enseignement.

À quoi cela est-il dû, selon vous : à une contagion du relativisme ambiant, ou à une forme de démagogie qui pousse certains à dire ce que le monde moderne a envie d’entendre ?

Un peu les deux : il y a l’influence évidente du monde sécularisé sur l’Église, et en même temps, il y a des prélats qui disent que l’Église ne peut plus parler comme elle a fait durant des siècles de la loi naturelle. Mais on ne peut pas approcher la culture contemporaine sans une identité forte, claire, courageuse. L’Église ne fait pas de politique, elle est le Christ même qui va à la rencontre des gens.

Le synode a été l’occasion de débats assez vifs. Est-ce que ça vous paraît un phénomène normal, ou est-ce inquiétant ?

Ce n’est pas la première fois qu’il y a dans l’Église des débats entre évêques ou entre cardinaux. Pour moi, c’est un bon signe : cela montre qu’il y a une volonté forte d’enseigner et de présenter l’enseignement de l’Église dans un mode authentique. On peut avoir des opinions divergentes sur les approches, mais pas sur la doctrine même. Dans ce débat, selon mon jugement, il y a de la confusion dans la pensée de certains qui disent qu’on peut changer la discipline sans changer la doctrine. Or, dans l’Église, la discipline est intimement liée à la doctrine : la discipline existe pour protéger, sauvegarder et promouvoir la doctrine, la vérité. On ne peut pas dire : nous allons changer la discipline, nous admettrons désormais les personnes qui vivent des unions irrégulières à la communion mais nous n’allons pas changer la doctrine. Il est impossible pour une personne qui est liée à une autre par le mariage de cohabiter avec une seconde personne dans le mode matrimonial et de recevoir les sacrements. Si le mariage est indissoluble, l’union dans laquelle vit cette personne est un adultère public. Et depuis les premiers siècles, les personnes qui vivent dans l’adultère sont exclues de la réception des sacrements.

Dans votre livre, vous racontez l’importance qu’a eue votre famille dans votre foi. N’est-il pas plus difficile aujourd’hui pour les familles de transmettre la foi ?

Les couples doivent être toujours plus attentifs à créer un foyer chrétien, une vie chrétienne dans la famille. Dans mon enfance, aux États-Unis, la culture était chrétienne et il était plus facile pour les parents de vivre comme une famille chrétienne. Aujourd’hui, c’est plus difficile mais toujours possible car la grâce du Christ permet aux époux de vivre leur vocation chrétienne, à la façon d’une contre-culture. Les parents doivent avoir une attention et une créativité constantes pour éviter que leur maison ne devienne seulement une manifestation de la culture ambiante.

Pour vous, la crise des vocations est liée à la crise de la famille ?

Oui, parce que les vocations naissent dans les familles, et l’une des responsabilités les plus importantes des parents est d’aider leurs enfants à connaître et à accepter leur vocation. Une vocation est toujours une question de foi : c’est Dieu qui appelle la personne au mariage, au sacerdoce ou à la vie consacrée, et si la foi manque, alors il est difficile de connaître sa vocation et d’y répondre avec un cœur pur et désintéressé.

On connaît votre grand attachement à la beauté de la liturgie. Est-elle aussi un instrument d’évangélisation ?

Oui, certainement, parce que la sainte liturgie est la source et l’expression la plus haute de notre foi, et elle doit être le centre de chaque vie chrétienne et de la vie familiale. Selon moi, l’évangélisation commencera par la réforme de liturgie qui, en vérité, est la rencontre avec Dieu : comme l’a dit plusieurs fois Benoît XVI, le Ciel et la Terre s’unissent dans la sainte liturgie. Quand nous aurons restitué le sens transcendantal de la liturgie, cela produira clairement une transformation dans la pensée et le mode de vie des gens.

Il y a beaucoup de jeunes qui suivent la pensée lumineuse de Benoît XVI sur la sainte liturgie. Par exemple, l’intérêt des jeunes pour la forme extraordinaire du rite romain (l’ancien missel traditionnel en langue latine, NDLR) n’est pas une mode, c’est une chose très profonde. J’ai assisté à beaucoup de messes célébrées par Benoît XVI et j’ai toujours été impressionné par le sens de l’action du Christ qu’il manifestait en célébrant. Benoît XVI a très bien montré comment, en célébrant la sainte messe, le prêtre donne ses mains, se donne lui-même au Christ qui est le vrai protagoniste de la liturgie.

Dans votre livre, vous dites votre admiration pour la Manif pour tous. Est-ce que ce mouvement vous semble témoigner d’un réveil du catholicisme français ? 

Je pense que oui. J’ai vu dans la Manif pour tous une réaction des chrétiens et des personnes de bonne volonté contre une loi injuste qui s’oppose à la loi naturelle ; en même temps cela annonce une levée des consciences chrétiennes sur d’autres sujets, d’autres questions de morale ou d’éthique. Ainsi, la Manif pour tous en Italie a fait une manifestation contre l’enseignement du gender à l’école. Les catholiques doivent intervenir davantage dans le débat politique, parce que c’est la mission de l’Église de transformer la culture. Le monde a besoin que les catholiques témoignent de leur foi aussi dans le débat public. Pour différentes raisons nous avons accepté une séparation entre la foi et la vie publique, mais c’est impossible : un catholique doit manifester sa foi dans la vie publique.

Un cardinal au cœur de l’Église. Entretien avec le cardinal Burke, par Guillaume d’Alançon, Artège, 184 pages, 17,50 €

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