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viernes, 22 de mayo de 2015

La société française n'est pas apaisée, et sur certains sujets, des tensions nouvelles sont même apparues


École, Famille : La gauche sociétale dans une impasse


Par Alexandre Devecchio

L'insécurité culturelle

Laurent Bouvet est professeur de science politique à l'Université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines et directeur de l'Observatoire de la vie politique (Ovipol) à la Fondation Jean-Jaurès. Son dernier ouvrage, «L'insécurité culturelle», vient de paraître aux éditions Fayard.


Après les débats sur la famille et sur les impôts, le débat sur l'école a profondément divisé les Français. La politique de François Hollande qui se voulait plus rassembleuse et consensuelle que celle de Nicolas Sarkozy fracture au moins tout autant le pays. Comment expliquez-vous ce paradoxe?

François Hollande avait en effet placé sa candidature à la présidentielle sous le signe du rassemblement des Français, autour de l'idée qu'il ne fallait pas, sans cesse, comme il le reprochait à son prédécesseur, «cliver» et mettre en tension la société. Sa personnalité, son parcours et sa «méthode» en politique apparaissaient d'ailleurs comme les garanties d'une rupture avec ceux de son prédécesseur de ce point de vue. Trois ans après, on constate que la société française n'est pas apaisée. Et que sur certains sujets, des tensions nouvelles sont même apparues.

Cela tient, d'après moi, à deux éléments.

D'une part à la radicalisation des choix du président de la République au cours de son mandat, comme ça a été le cas en matière économique notamment, à partir du «pacte de responsabilité» -même s'il y avait déjà eu, dès le début du quinquennat, un signe donné de cet accent mis sur l'économie de l'offre avec le CICE. François Hollande a ainsi donné l'impression, pendant ses deux premières années, de tergiverser et de ne pas se résoudre à choisir un «cap», à ne pas sortir de l'ambiguïté (nécessaire pour rassembler toute la gauche) dont avait témoignée sa campagne. Et puis, dans un second temps, de s'engager très rapidement dans une voie, très contestée à gauche notamment, de manière déterminée, sans qu'aucune discussion ne soit plus possible -on l'a vu avec l'émergence des «Frondeurs» au sein du PS ou encore avec le départ des Verts du gouvernement notamment.

L'autre élément-clef renvoie à l'absence de lisibilité de la méthode utilisée par l'exécutif pour «réformer». On a en effet le sentiment que selon les projets défendus (mariage pour tous, accords interprofessionnels en matière sociale, «loi Macron», réforme du collège, enjeux environnementaux…), le président et le gouvernement adoptent des méthodes à chaque fois différentes. Parfois la concertation l'emporte jusqu'à vider de leur contenu les réformes; parfois la manière désordonnée de défendre celles-ci conduit les opposants à s'organiser et à occuper largement la scène du débat public; parfois l'exécutif semble imposer son point de vue quasiment de force à sa majorité ou à une partie de son électorat; parfois le gouvernement recule devant les contestations venues de son camp ou même de la droite… Et le tout, sans que ce soit clairement indexé sur la mise en œuvre ou non des propositions du programme du candidat Hollande.

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