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viernes, 14 de febrero de 2020

Tout le mal qui a été commis au XXe siècle est possible aujourd’hui et partout


Convention National Conservatism
le 4 février 2020 à Rome
Discours de Rod Dreher

Résister à la dictature rose

Il y a cinq ans, j’ai reçu un appel d’un médecin américain. Il semblait très inquiet. Il m’a dit que sa mère avait émigré de Tchécoslovaquie en Amérique. Quand elle était jeune, elle a fait six ans de prison politique, parce qu’elle faisait partie d’un réseau catholique clandestin de résistance au communisme. La vieille dame, qui vit aujourd’hui avec son fils et sa belle-fille, a dit à son fils : « Les choses que je vois dans ce pays aujourd’hui me rappellent l’époque où le communisme a émergé dans notre patrie. »

Elle parlait de l’intolérance croissante, voire de l’hystérie, de la gauche contre tout ce qui est en contredit leur idéologie. Je savais que le politiquement correct constituait un vrai problème, mais la comparaison me semblait exagéré. Ce n’était qu’une vieille dame effrayée, me suis-je dit.

Mais au cours des années suivantes, j’ai rencontré davantage d’immigrants du bloc soviétique – des hommes et des femmes qui vivaient autrefois sous le communisme, mais qui ont fui vers l’Ouest. Je leur demandais à chaque fois : « Comment appréhendez-vous la situation actuelle ? Est-ce que cette vieille femme tchèque avait raison ? »

À maintes reprises, j’ai entendu la même chose : « OUI ! C’est vraiment en train de se passer, ici, sous nos yeux. Nous le sentons dans notre chair ». Le fait qu’aucun Américain ne les croit les met hors d’eux.

Je comprends pourtant le scepticisme auquel ils sont confrontés. J’étais sceptique aussi quand le médecin m’a appelé pour la première fois. Aujourd’hui, cependant, après avoir interviewé un certain nombre de ces personnes et avoir passé une grande partie de l’année dernière à voyager dans les anciens pays communistes de l’Europe de l’Est pour interviewer des anciens dissidents et des prisonniers politiques, je suis convaincu qu’ils ont raison. Comment ne pas songe à ce que disait Alexandre Soljenitsyne :

« On rencontre souvent ce préjugé tenace : ce ne serait pas pareil ici ; de telles choses seraient impossibles. Hélas, c’est tout le contraire : tout le mal qui a été commis au XXe siècle est possible aujourd’hui et partout. ».

Cela n’est pas seulement possible ici, dans l’Occident libéral et démocratique. Le mal prend forme en ce moment même. Les gens qui ont vécu le totalitarisme communiste essaient de tirer la sonnette d’alarme. Ils essaient de réveiller le reste d’entre nous avant qu’il ne soit trop tard. L’an dernier à Prague, Marek Benda, un homme politique tchèque issu d’une famille dissidente, me disait : « La lutte pour la liberté est toujours nôtre. Une seule génération nous sépare de la tyrannie ».

Lutter contre le nouveau totalitarisme qui vient

La lutte contre ce nouveau totalitarisme est le combat de notre génération. Ce combat a lieu ici et maintenant. Et il ne peut être évité.

Mais avant d’aller plus loin ce matin, définissons notre sujet. Qu’est-ce que le totalitarisme, au juste ?

Dans son célèbre ouvrage de 1951, Les origines du totalitarisme, Hannah Arendt a étudié les mouvements nazi et communiste afin de comprendre pourquoi ils attiraient autant les masses. Le totalitarisme englobe tous les aspects de la vie politique. Il ne cherche pas seulement à obtenir l’obéissance du peuple, il tente de forcer chacun à accepter l’oppression qu’il subit. On nous somme d’intérioriser l’idéologie dominante et de la faire nôtre. Comme l’a dit George Orwell, chacun doit apprendre à aimer Big Brother.

Nombre des conditions qu’Arendt considérait comme le terreau du totalitarisme sont présentes aujourd’hui dans nos démocraties libérales en déclin. Voici une courte liste de ces signes pré-totalitaires que nous pouvons observer aujourd’hui dans notre société :

– Une solitude généralisée et une atomisation sociale ;

– Une perte de confiance dans les institutions et les hiérarchies ;

– Un désir de transgression ;

– La montée en puissance des idéologies dans les mentalités collectives ;

– L’utilisation accrue de la propagande ;

– Le primat de la loyauté – envers une personne ou une idéologie – sur la connaissance objective ;

– La politisation de tous les sujets de société et des pans de l’existence.

Cependant, nous avons selon moi deux choses fondamentales qui nous distinguent de la Russie précommuniste et de l’Allemagne prénazie.

Premièrement, l’idéologie qui nous anime n’est pas le nationalisme raciste ou le marxisme-léninisme, mais plutôt une politique identitaire mondialiste et victimaire, celle du courant autoproclamé de la « justice sociale ». La classe révolutionnaire n’est pas levolk allemand ou le prolétariat international, mais les « marginalisés » et les « opprimés »., sacralisés derrière le statut indépassable de « victime ». Comme le bolchevisme, la justice sociale est un culte politique utopique. On peut lui trouver une ressemblance avec un programme politique, ou bien un système de thérapie managériale, mais la meilleure façon de le comprendre est de le considérer comme une religion séculière, un fanatisme séculier.

Deuxièmement, l’environnement technologique d’aujourd’hui est très différent de celui d’il y a cent ans, lorsque les totalitarismes du XXe siècle sont apparus. La différence la plus importante est qu’aujourd’hui toute la vie et l’expérience humaine se trouvent traduites sous forme de données numériques qui peuvent être stockées, analysées et exploitées par les États et les grandes compagnies comme Google, Amazon et autres. La République populaire de Chine, par exemple, a maintenant les capacités et la volonté de surveiller et de contrôler son propre peuple à un degré dont Mao, Staline et les tyrans totalitaires du XXe siècle ne pouvaient que rêver. Les moyens de l’État et du capitalisme s’hybrident pour donner naissance à une société de surveillance.

La dictature rose

Voici pourquoi beaucoup d’entre nous ont été très lents à apprécier la nature totalitaire du libéralisme contemporain. C’est parce que le totalitarisme émergent ne sera pas une version du sinistre scénario imaginé par George Orwell en 1984. Il ressemblera plutôt à la dystopie alternative imaginée par Aldous Huxley dans Le Meilleur des Mondes. Orwell a imaginé un monde semblable à la Russie de Staline, où l’État contrôle la société par la peur, la douleur et la terreur. En revanche, Huxley a imaginé un monde où l’État contrôle les masses en pourvoyant aux plaisirs et au confort de la population.

Les Occidentaux abandonneront renonceront au pouvoir politique au profit d’un État qui leur promettra de pourvoir à leurs désirs et leurs besoins thérapeutiques ; notamment en maximisant leur liberté sexuelle. Il pourra le faire par le biais d’une version alternative du système chinois de crédit social, où la liberté des citoyens est circonscrite par un algorithme qui récompense et punit les hommes en fonction de leurs croyances, de leurs fréquentations, etc.

Comme dans le Meilleur des Mondes, les valeurs les plus importantes seront la sécurité et le bien-être. Si les libertés religieuses et politiques menacent l’une ou l’autre, elles seront éliminées. C’est déjà le cas dans de nombreuses universités où, comme chez les soviétiques, tous ceux qui s’opposent à l’idéologie dominante sont considérés comme des déviants et des aliénés.

C’est ce que l’essayiste américain James Poulos appelle le « pink police state ». Cette dictature rose – qui implique autant le gouvernement, les institutions universitaires et culturelles que les grandes entreprises – est la forme que prend ce nouveau totalitarisme[2].

Comment lui résister ? Une bonne nouvelle pour ce qui nous concerne, c’est qu’il y a des gens qui conservent la mémoire vivante du totalitarisme communiste. Ils ont déjà vu ce genre de choses auparavant. Ils nous avertissent et nous mettent en garde contre le piège vers lequel nous nous dirigeons. Nous devons les écouter.

Vous entendrez aujourd’hui des discours et des débats qui parleront de la résistance en termes politiques. C’est important. Mais commençons par parler de la résistance culturelle, sans laquelle la résistance politique ne peut réussir.

Défendre notre culture

Nous devons d’abord recueillir et défendre notre mémoire commune et notre histoire.

Lorsque les nazis ont envahi la Pologne, leurs plans ultimes n’étaient pas simplement de gouverner la Pologne, mais de détruire la nation polonaise. Les Allemands ont cherché à le faire de la même manière que tous les totalitaires : en contrôlant la mémoire du peuple polonais. Ils devaient faire oublier aux Polonais leur histoire et leur religion.

Un jeune acteur polonais, Karol Wojtyla, s’était engagé dans la résistance patriotique. Mais il n’a pas pris une arme ! Avec ses amis du théâtre, il a écrit et joué des pièces de théâtre sur des thèmes religieux et historiques. Ces événements théâtraux se sont déroulés en secret. Si la Gestapo les avait découverts, tous les acteurs et tout le public auraient été abattus. Wojtyla et sa troupe ont littéralement mis leur vie en jeu pour maintenir vivante l’héritage culturel de leur nation.

Nous devons faire de même à notre époque. Les mondialistes essaient de faire en sorte que les nations aient honte de leur héritage, de la même manière que les communistes l’ont fait pour les masses qu’ils souhaitaient contrôler. Nous devons refuser cela ! Nous ne devons pas croire à ce mythe triomphaliste et présomptueux qui veut nous faire croire que nous vivons un âge d’or, une époque indépassable indépassable qui rendrait notre passé caduc. Au contraire, nous devons regarder ce qui se trouve autour de nous avec gratitude, et cultiver une vraie reconnaissance pour toutes les belles et bonnes choses que nos ancêtres nous ont transmises – et les défendre comme si elles nous appartenaient.

Je dois ajouter que l’idéologie de la société de consommation tente également de nous déconnecter de notre passé. Si nous ne sommes que des individus définis par nos désirs, il est plus facile de nous vendre des choses. Nous, hommes de la Résistance, nous devons déclarer que certaines choses ne sont pas à vendre ! Comme le disait Jean-Paul II, l’homme n’est pas fait pour le marché, mais le marché pour l’homme.

Renforcer nos liens de solidarité

Deuxièmement, nous devons établir et cultiver une réelle solidarité. Je ne fais pas seulement référence au célèbre syndicat polonais Solidarnosc. Je parle de quelque chose de plus intime : ces liens qui se nouent entre des petits groupes de personnes.

Dans chaque pays postcommuniste que j’ai visité, j’ai entendu la même chose de la part des anciens dissidents : les liens de solidarité noués avec les autres leur donnaient le courage de se battre. L’année dernière, j’étais dans une pièce secrète souterraine à Bratislava, où un samizdat catholique a été imprimé pendant une décennie. Mon guide était Jan Simulcik, un historien qui, dans les années 1980, faisait partie de l’organisation clandestine qui distribuait ce samizdat. Il m’a dit que, comme tous les autres membres du mouvement, il avait peur – mais que la profonde camaraderie qui le liait à ses amis lui avait donné le courage de continuer.

Le Dr Vaclav Benda, un héros de la résistance tchèque, a travaillé pour rassembler les Tchèques, et leur rappeler qu’ils formaient un peuple. L’État démoralisait les masses en faisant en sorte que les citoyens se sentent seuls et isolées. Comme le Dr Benda l’a vu, le simple fait de reconstruire une solidarité sociale était contre-révolutionnaire. À notre époque, l’État ne nous oblige pas à choisir la solitude et l’isolement derrière nos écrans ; nous le faisons nous-mêmes. Mais nous pouvons riposter en reconstruisant nos communautés de façon très pratique.

L’humanisme ne suffira pas

Troisièmement, nous devons réinvestir notre religion. Je ne veux pas simplement dire que nous devons aller plus souvent à l’église. Nous devons plutôt être beaucoup plus radicaux que cela. Dans Le pari bénédictin[3], j’ai raconté comment saint Benoît de Nursie, ce chrétien jeune chrétien vivant en Italie au VIe siècle, avait répondu à l’effondrement de l’ordre impérial romain en créant une société parallèle dédiée à la prière disciplinée et au service de Dieu. Au cours des siècles suivants, les moines bénédictins ont joué un rôle absolument essentiel dans la reconstruction de la civilisation alors que l’Europe était envahie par les barbares. Mais tout a commencé lorsque saint Benoît a développé un mode de vie véritablement chrétien, qui a pu résister aux tensions extraordinaires du début du Moyen Âge.

Dimanche dernier, j’ai fait un pèlerinage à la grotte de Subiaco où Benoît a vécu seul, en ermite. Pendant trois ans, il s’est adonné à la prière, au jeûne, afin de découvrir la volonté de Dieu. Depuis cette petite cavité dans le flanc d’une montagne esseulé, a poussé une graine de foi qui, au cours des siècles suivants, allait reconstruire toute la civilisation occidentale. Si vous vous sentez impuissant et désespéré, allez à Subiaco et voyez ce que Dieu peut faire avec un seul homme qui place son Amour au-dessus de tout.

Nous vivons aujourd’hui dans une civilisation post-chrétienne. Aussi, pendant qu’il est encore temps, les chrétiens doivent s’engager à créer de nouvelles façons de vivre ces vieilles vérités évangéliques. Tous les dissidents anticommunistes que j’ai interrogés étaient des chrétiens convaincus. Pawel Skibinski, un biographe de Jean-Paul II, m’a dit que l’humanité est « comme un cerf-volant ». Tant qu’il est relié à la terre par une corde, il peut voler très haut. Mais si la ligne est coupée, le cerf-volant tombe au sol.

Nous sommes le cerf-volant. Le fil est notre lien à Dieu. Sans le Dieu de la Bible, nous ne pourrons pas résister au totalitarisme à venir ni à la tentation de céder de mauvaises formes de résistance.

Voici une anecdote qui devrait éclairer mon propos. En 1939, le poète anglais W.H. Auden vivait à Manhattan. Il est allé voir un film dans un quartier de la ville où vivaient de nombreux immigrants allemands. Alors qu’un film d’actualité décrivait l’invasion de la Pologne par les nazis, les spectateurs germanophones se sont levés d’un bond, et ont commencé à crier : « Tuez-les ! Tuez-les ! »

Auden a été profondément choqué par la déconcertante brutalité de ce mal, exhibé sans fard par les sympathisants nazis. Et il a compris qu’un simple humanisme ne suffirait pas à le vaincre. Après cette sombre révélation, Auden est retourné à l’église.

La grande valeur de la souffrance

Enfin, nous devons faire ce qu’il y a de plus contre-révolutionnaire : accepter la valeur de la souffrance. C’est cela qui touche au cœur de l’emprise de cette dictature rose et son totalitarisme thérapeutique.

Si vous n’êtes pas prêt à subir la perte de votre statut social ; si vous n’êtes pas prêt à subir la perte d’un emploi ; si vous n’êtes pas prêt à sacrifier votre liberté – et même votre vie – pour le service de la vérité, alors vous avez déjà cédé au mal. C’est la leçon que nous tirons de la résistance anticommuniste. L’espérance qui animait ces chrétiens était que la souffrance a un sens ultime, si elle est jointe à la passion rédemptrice de Jésus-Christ.

La volonté de souffrir pour la vérité constitue le cœur du dernier message qu’Alexandre Soljenitsyne a adressé au peuple russe à la veille de son exil en 1974, dans un essai intitulé « Ne vivez pas dans le mensonge ! ». Quelques années plus tard, le dissident tchèque Vaclav Havel a exhorté ses lecteurs à « vivre dans la vérité ».

Havel raconte cette fable. Un marchand de fruits et légumes a suspendu une enseigne au-dessus de sa vitrine. Elle dit : « Prolétaires de tous pays, unissez-vous ! ». Le marchand n’adhère pas vraiment à ce mot d’ordre. C’est juste qu’il ne veut pas d’ennuis avec les autorités.

Mais un jour, il retire son enseigne parce qu’il veut vivre dans la vérité. Et il va souffrir à cause de cela, prévient Havel. Il risque de perdre son entreprise. D’être empêché de voyager. Ses enfants ne pourront peut-être pas entrer à l’université. Les épreuves et les peines seront réelles. Mais son acte aura une valeur ultime. L’humble marchand de fruits et légumes aura montré qu’il est possible de refuser de se soumettre aux mensonges officiels. Qu’il est possible de vivre dans la vérité.

La vie de Vaclav Havel, le premier président d’une Tchécoslovaquie libre, et des autres dissidents anticommunistes, montrent que ceux qui sont prêts à souffrir pour la vérité peuvent, en fin de compte, triompher. Très peu de dissidents s’attendaient à ce que le communisme prenne fin de leur vivant. Ils ont résisté au communisme parce que c’était ce à quoi les appelait leur devoir. Qu’en est-il de nous ? Que ferons-nous, à notre époque et à la place qui est la nôtre ?

La dictature rose est plus aimable que ses prédécesseurs totalitaires. Mais son idéologie mondialiste et techniciste n’en est pas moins une menace pour les religions, les familles, les traditions et les peuples. Oui, nous devons la combattre politiquement autant que nous le pouvons, mais nous devons aussi la combattre à l’intérieur de nous-mêmes.

L’exemple du Père Tomislav Poglajen

Je voudrais conclure en vous parlant d’un de ces grands « héros cachés » qui méritent d’être redécouverts. En 1943, un jésuite croate, le père Tomislav Poglajen, organisait la résistance catholique anti-nazie dans son pays d’origine. Lorsqu’il a appris que la Gestapo allait l’arrêter, ce prêtre s’est enfui dans le pays de sa mère, la Tchécoslovaquie. Il a repris le nom de jeune fille de sa mère, Kolakovic, et a commencé à organiser la résistance catholique anticommuniste.

Pourquoi était-il entré en résistance contre les communistes alors qu’il venait à peine de fuir les nazis ?Le père Kolakovic savait que les Allemands allaient perdre la guerre. Mais comme il l’a dit aux jeunes catholiques slovaques qui se sont rassemblés autour de lui, les communistes finiraient par prendre le pouvoir dans leur pays. Et cela, prophétisait-il, signifierait d’horribles persécutions pour l’Église.

Le père Kolakovic n’est pas resté assis, à attendre que les choses se produisent. Il a organisé des cellules clandestines dans tout le pays – des groupes de jeunes catholiques qui se réunissaient pour la prière, l’étude de la Bible et des conférences. Ils ont également appris fondamentaux de la résistance – par exemple, comment survivre à un interrogatoire. Ils ont établi des réseaux de résistance dans toute la région slovaque. Lorsque la dictature communiste s’est installée en 1948, le réseau du père Kolakovic était prêt. Il est devenu l’épine dorsale de l’Église clandestine, qui a été la principale source de la résistance anticommuniste slovaque.

Aujourd’hui, nous attendons un nouveau Père Tomislav Kolakovic – un visionnaire qui sait lire les signes du temps et qui saurait construire les modes de vie et des réseaux capables de résister au mal qui s’annonce.

Mes amis, je vous propose une façon de définir l’espoir : c’est le mariage de la MÉMOIRE avec le DÉSIR. Si nous pouvons nous souvenir de ce que nous avions autrefois, et que nous désirons l’avoir à nouveau, nous aurons quelque chose à espérer. Il n’y a pas de meilleur endroit que Rome pour réfléchir à l’héritage culturel de notre civilisation commune. De la grotte de Saint-Benoît à Subiaco, jusqu’au théâtre caché de Wojtyla sous l’occupation, en passant par la salle de samizdat souterraine de Bratislava – tout cela fait partie de notre mémoire. Que ces souvenirs façonnent nos désirs – pour Dieu, pour la vérité, pour la liberté et pour la paix de nos foyers – et qu’ils fassent naître une résistance joyeuse.



Traduction: Yriex Denis pour Conflits. Avec l’aimable autorisation de Rod Dreher. Les sous-titres sont de la rédaction.


Source: www.revueconflits.com

martes, 4 de febrero de 2020

What we have already done wrong and why: are we to believe that Sodom is the answer?


Surviving Sodom



by Anthony Esolen

A contributing editor at Crisis, is a professor and writer-in-residence at Magdalen College of the Liberal Arts. Dr Esolen has authored several books, including The Politically Incorrect Guide to Western Civilization (Regnery Press, 2008), Ten Ways to Destroy the Imagination of Your Child (ISI Books, 2010) and Reflections on the Christian Life (Sophia Institute Press, 2013).


Back in 2014, I wrote a book called Defending Marriage: Twelve Arguments for Sanity. I spoke not as an interpreter of Scripture or of the teachings of the Church. My arguments were based on observation, logic, history, anthropology, and culture. As far as I know, no Catholic on the left has taken them up. My arguments included analyses of what we have already done wrong and why, and predictions as to what must happen if we yield to the lures of Sodom.
Opponents at that time fell into two groups. By far the larger of the two predicted thatnothing would happen. The re-definition of marriage would only extend to a relatively small number of couples a good that was available to everyone else, and that would be no less available to them for being so extended. A development unprecedented in human history, involving any society’s most important institution, would have no effect upon the common good. The second group consisted of a small number of theorists and activists who had sought the change in order to destroy the institution, which they saw as atavistic, patriarchal, and resistant to the ambitions of progressive politicians who for our own good would oversee and direct all that we otherwise do, from the womb to the grave.
We should listen to what our opponents say when they are speaking to one another, rather than to their easy marks among journalists, television audiences, school teachers, little children reading cartoon propaganda, and women riffling through the pages of Cosmopolitan. When they tell us they want to destroy, we should take them at their word. Still, intentions do not imply results. So I would like to revisit my arguments, one by one, and show that observation, logic, history, anthropology, and culture were more reliable than indifference, sentimentality, and wishful hoping.
The first argument was thus: We must not give the sexual revolution the force of irrevocable law. Implicit in the argument were two claims, one as to historical fact (though anthropology and logic can show why we should have expected it), and one as to moral logic: the sexual revolution was a calamity; Sodom implies the sexual revolution.
First things first. The sexual revolution was a calamity—and the calamity continues. It is based upon a deliberate ignoring of what is real. We can see as much in a variety of ways. People talk as if sexual congress properly speaking were not essentially the child-making act. Indeed that is its sole biological purpose. The child is not an accident. It is what you get when everything is working as it should. Contraception is not medical, because it does not remediate. It shields against no communicable disease. It cures no disease already caught. It heals no limb. It restores no function to an organ. The problem is not that the organs are not working, but that they are, all too well. A healthy reproductive system is exactly what the contraceptors do not want, at least not in the instant.
But this severs the act from its fullest human meaning. It is no longer the act whereby every single person has been brought into the world. It is not what fathers and mothersdo but only what people with this bodily makeup do with people of that other bodily makeup, because of the powerful feelings the act expresses or arouses or imitates. The man’s seed is no longer seed, but lubricant. The father—the man who in the act stands as the exemplar of a father, even if the act happens not to result in a child—is not a father, but a tool-bearer. The mother—the woman who in the act stands as the exemplar of a mother—is not a mother, but another tool-bearer. The meaning of what they do is wholly subjective and therefore uncertain. If “love” is its motive, that love can shift or fade or vanish. But even if it does not, neither the man nor the woman will find it easy to place their actions in the context of grandparents and parents, sisters and brothers, or aunts and uncles and cousins. The act is existentially truncated.

Catholics of the left, above all, should understand how deeply antisocial the doctrine oflaissez-faire is when it is applied to what ought to be the cement of every social relation. The old understanding of sexual intercourse was relentlessly realistic. Every tenet of sexual morality derives from the reality of the act. But if we deny the reality, if we pretend that it is not what it is, then those other social relations will fray in turn. The force is reductive, and it bears upon us all. “Who does not know at least one family,” I wrote, “whose children require an essay merely to describe who under their roof is related to whom, and how?” Nor will they be able to tell how long they will remain related to one another by law, or how long they can expect even to know one another.
I have called the sexual revolution the Lonely Revolution. It must have been so. Its premises are those of individuals regarding their frictions with other individuals. It was to have delivered us peace and happiness and freedom from outdated moral laws. It delivered instead exactly what Shakespeare could have shown, as I wrote:
The expense of spirit in a waste of shame
Is lust in action; and, till action, lust
Is perjured, murderous, bloody, full of blame,
Savage, extreme, rude, cruel, not to trust.
“Yes,” says the heretic, “but we are arguing for love, not lust.” Sorry, but the distinctions are by no means easy to draw in the heat of passion. We human beings have a remarkable capacity for self-deception. This is why clear laws are so necessary and so salutary. You can fool yourself into thinking you are in love, but you cannot fool yourself into thinking that you have been married. These clear laws channeled sexual desire into the fruitful haven of marriage. The absence of clarity leaves everyone uncertain, and, as marriage recedes, many a young person will not only take lust for love, but will take determination—the determination that we must feel something, anything, just to fend off the loneliness of this world—for lust.
Reader, when was the last time you saw, outside of the shelter of a Christian school, a boy and a girl holding hands as they walked across a field? Imagine asking that sentence in your grandparents’ time. People would have looked at you as if you had dropped down from Mars. It would have been like asking, When was the last time somebody had seen a dozen children playing pick-up ball in a back yard or a vacant lot. Yesterday? An hour ago? But those questions are related, are they not? The world in which fornication is the rule is a harsh and unforgiving one. The boy and girl—outside of that shelter—cannot hold hands without giving everyone the sign that they are in bed with one another, and so they do not do it. The boy does not ask the girl on a date, because that too implies the bed.
We have given them no healthy ways to grow in confidence with one another, no healthy ways of sexual innocence developing alongside sexual maturity. The young people who keep the moral law are therefore lonely, often intensely so, and their friends who do not keep the law are often lonelier still. For as there is nothing so lonesome as being in a crowd of laughing people who do not really enjoy the company, so there is nothing so dispiriting as knowingly going through the motions of married love with someone whom you will almost certainly leave.
If the Catholic says, “Many sins are worse than these,” I will surely agree, as I concede that it is worse to be shot in the head than to catch pneumonia. But pneumonia can kill, too. When millions were dying of the Spanish flu a hundred years ago, it was no wisdom to say that rabies was more deadly. The sexual revolution is destroying lives by the millions, right before our eyes, and has corrupted the culture beyond what the worst pessimists ever imagined. And, in this situation, are we to believe that Sodom is the answer? The Church has the answers if she would but heed them and preach them forthrightly. These answers are available to anyone using natural reason. Let them who have eyes open them.

Source: www.crisismagazine.com

Conservatives finally have something to talk about again...

A War of Ideas?


Conservatives finally have something to talk about again. That is how I recently heard the current moment in American conservatism described. Indeed, uncertainty swirls around conservatism today. The old “fusionism” has—for better or worse—cracked apart. Political and judicial victories are balanced against cultural defeats. Debates rage over economic protectionism and free trade. The aims and principles of the American founding—long treated as sacrosanct—have been brought into question. And, of course, the figure of Donald Trump—rescuer of national greatness or shameless demagogue—hovers over it all.
The Power of Ideas?
There is a tendency in many of these arguments—sometimes explicit, sometimes implicit—to see the current political crisis in terms of comprehensive sets of ideas that purport to explain all of political life. We are often encouraged to understand the past, present, and future in terms of what set of ideas has been or will be adopted. These ideas, in turn, mold our social and political life after their own image.
There are countless examples, often from subtle and perceptive critics of our political climate. Consider the opening lines of Patrick Deneen’s Why Liberalism Failed, which speak of “a political philosophy conceived some 500 years ago, and put into effect at the birth of the United States.” The political and cultural decay we see around us today, the book goes on to explain, is simply the logical conclusion to the liberal premises accepted at the American founding.
Likewise, Ryan P. Williams, the president of the Claremont Institute—one of the hubs of intellectual conservatism—argued in a 2018 essay on the Kavanaugh confirmation hearings that the extreme partisanship on display there was the result of differences on “fundamental questions of human nature, constitutionalism, and justice.” These underlying worldview differences will determine the future of America: “Our cold civil war and partisan rancor will only end when one party finally wins the argument about these fundamentals in a decisive and conclusive victory…” (emphasis in original).
Such language becomes most stark among Catholic “integralists.” In 2018, Thomas Pink defended integralismby arguing that states are inherently “confessors”—either of truth or falsity: “For if a state is not so committed [to the Roman Catholic faith]…the state will give false witness about the bonum commune and what would further it.” The state must be committed to the Truth, or it will inevitably attach itself to and promote a false notion of the good. Again, the state is defined by a definite, comprehensive dogma. This inordinate emphasis on universal ideas has implications for the way we think about our past and our future.
Mainstream conservatism was heavily mixed with classical liberalism in the 20th century, and it had a distinctive way of understanding America’s past. The essence of America was to be found in the few philosophical, Lockean lines of the Declaration of Independence. America is an idea, they taught, and its institutions, practices, and historical evolutions all were to be understood in light of that idea. Interestingly, this insistence on the vital importance of “founding principles” seems to be shared by those who now attack the old consensus. Post-liberal conservatives increasingly define America by the atomistic liberal theory which purportedly informed its founding and see our present discontents as the inevitable result of the embrace of such principles. America is an idea, they argue—just a bad one.
There are also implications for the way we think about the future. Inordinate emphasis is placed on a winner-take-all “war of ideas” which will determine the outcome of all our political and cultural tensions. The coercive power of the state, moreover, is seen as the key to winning this war: we must control the levers of power and use them to promote and enforce our vision of the good. Some conservatives, then, have begun to argue that we ought to treat politics like an actual war—identifying political rivals as enemies and using any means necessary (including the abandonment of civility, dignity, institutional norms, and the traditional conception of statesmanship) to win. If everything we hold dear hinges on the outcome of this war of ideas, we ought to be willing to sacrifice whatever is necessary in order to make sure the right ideas prevail.
The Limits of Universal Theory
Do political ideas have this kind of power? As Daniel E. Burns has argued in his excellent essay in National Affairs, the societies (including America) that are sometimes defined by their “liberalism” often do not at all reflect the characteristics of liberal theory, classical or modern. America utilizes many institutions that have no grounds in liberal theory. Its federal system does not fit liberal assumptions all. The American people, by and large, have no conception whatsoever of what liberal theory prescribes. Politicians routinely challenge liberal assumptions. A theory, he concludes, is not an “authoritative interpreter” of practice. One might go a step further: A polity is not (or, at least, is very rarely) defined by any particular set of ideas.
When arguing over the extent of Parliamentary sovereignty over the American colonies, Burke warned his opponents against the tendency to try to fit reality into a comprehensive theory. Defenders of parliamentary authority presented the American crisis as a simple “either-or” question: Either accept the theory of Parliamentary sovereignty and allow Parliament to tax the colonies at its leisure, or deny the sovereignty of the head of the empire over its parts. Burke, however, argued that the politics of the empire ought not be subjected to any single theory: “The old building stands well enough,” he wrote in his Observations on a Late State of the Nation, “though part Gothic, part Grecian, and part Chinese, until an attempt is made to square it into uniformity. Then it may come crashing down upon our heads in much uniformity of ruin.”
A strong case can be made that America is much like the building Burke described. Liberal ideas have played a role in its development. So have classical ideas and Christian ideas. Liberal rights and institutions have shaped it. So have uniquely English ones and uniquely American ones that may not fit the “liberal” label. None of these necessarily cohere theoretically with one another, nor need they.
Burke’s language—both substance and style—is reminiscent of that which he would later use in his denunciations of revolutionaries. It is noteworthy, however, that he also thought such admonitions were needed for those who saw themselves as conservative defenders of order and authority. The desire to generalize and fit our political life into a single form is often a two-way street.
Tocqueville is also informative. He described the formation of “general ideas” and noted how the excesses that may sometimes come from their use can be tempered. Importantly, he saw these universal theories arising from the social state of a people which, in turn, is the product of “fact and law.” The generally-prevailing ideas that the people of any given society tend to profess come from their observation of the “facts” they see in front of them—from the practical reality in which they live. Democratic citizens, he notes, can be prone to understanding the world through rigid ideologies, not realizing that they are usually superimposing their own reality on all of humanity. This is particularly true, he observes, of the “Cartesian” Americans who have a strong tendency to generalize from their own personal experiences. Our ideas, then, are not typically the first cause of the successes or failures of our political institutions and practices. It is rather the other way around. Understanding this origin of our ideologies also allows their influence to be tempered:
When there is a subject on which it is particularly dangerous for democratic peoples to give themselves to general ideas blindly and beyond measure, the best corrective that you can employ is to make them concern themselves with it every day and in a practical way; then it will be very necessary for them to enter into details, and the details will make them see the weak aspects of the theory.
If there is a tendency in our society to see the world through a rigid, corrosive ideology, the solution is not the inculcation of a different ideology, but an examination and rededication to the details of life which have given these ideas currency. Rather than focus on what set of ideas America must revive, embrace, or reject, we ought to examine carefully the political and social experiences that have given rise to the dysfunctional cultural and political ideas that seem to reign. We might then work toward reforms that engage the people with these details of life, that seek to adapt them to the felt needs of society, and that may, incidentally, change people’s perceptions of their culture and their government (tasks that many are undertaking). Theory will adapt to or give way to a government and society which keeps the “old building” standing and working well.
Ideas and Consequences
None of this, of course, is to suggest that ideas do not have any impact on political outcomes. To be sure, they do. Those committed to particularly bad theories of politics are likely to have a destructive effect on our political life (though the inverse may not always be true). But it is important to remember that their impact passes through a filter—the actual people promoting them. At certain moments in history—the French or Bolshevik Revolutions, for example—a distinct, cohesive set of ideas takes hold of a people in such a powerful way that it might make sense to describe the events as driven by ideas. But politics usually doesn’t operate that way.
Compared to 20 years ago, there are plenty of radicalized ideologues looking to impose their will upon society by any means necessary. But a broader historical perspective may provide reassurance that all is not lost and that cockpit storming is not necessary. As Burns points out, after all, the vast majority of Americans have no clue about the teachings of liberal theory—classical or modern. It is all well and good to compare today’s social justice warriors to French or communist revolutionaries until you consider that the guillotines and Gulags of the latter were real, not metaphorical. Most of America’s left-wing radicals today are just a little too dependent on their lattes, iPhones, and other comforts of modern life to do the yeoman’s work of real revolution.
I also do not mean to suggest that thinking about political theory is unimportant. (That would certainly make my days much more boring.) The conservative debates now raging are bringing up important questions that haven’t been asked enough. Indeed, much good can come from this questioning of long-held conservative beliefs, and we may emerge with a better framework with which to understand and discuss our polity, the meaning of conservatism, and the common good. But the common good is not an abstract dogma, and we should not expect the present discontents to be solved by the promotion of a new theory or the intellectual defeat of an old one.
The late Roger Scruton often argued that the core essence of a nation need not be defined by the ideology propagated by the state or the intellectual class. And Tocqueville seemed to agree, observing in a draft manuscript that “you must not judge the state of a people by a few adventurous minds that appear within it.” There are destructive, poisonous ideologies at work today, to be sure, and they have had a pernicious influence on our politics and law. But conservative habits, conservative instincts, conservative associations, and conservative institutions remain. Study of, investment in, and—critically—improvement of these, rather than an intellectual war of ideas, may be the most productive way forward.

John G. Grove

John G. Grove is Associate Editor of Law & Liberty. He is the author of John C. Calhoun's Theory of Republicansim. Before Joining Law & Liberty, he taught political science at Lincoln Memorial University.


Source: www.lawliberty.org

domingo, 2 de febrero de 2020

Relevancia de la vida y las ideas de Alexander Solzhenitsyn para el siglo XXI

Vigencia del pensamiento de 
Alexander Solzhenitsyn

Por Pablo López Herrera

En la escalera de la historia, las civilizaciones y las naciones, nacen y mueren. 

Es abundante la historiografía sobre los procesos que acompañan el nacimiento, la expansión, la decadencia y la muerte de sociedades humanas que parecían destinadas a perdurar para siempre. Los viajes en  visita a las ruinas nos ilustran sobre la vulnerabilidad de la obra del hombre.

Observa Jim Nelson Black en su libro When Nations Die[1], que las civilizaciones se expanden, pero también como caen y mueren. 

La historia del mundo puede describirse como una gran serie de naciones que primero se han constituido alrededor de experiencias de construcción comunitaria alrededor de valores comunes y que finalmente han sido absorbidas por otras, o simplemente se han derrumbado como fruto de la disolución de los valores comunes y la consiguiente anarquía interior. 

Al analizar los paralelismos entre las civilizaciones clásicas y las modernas, Black constata que la destrucción, la caída, la disolución, el colapso son los frutos de semillas semejantes, y señala tres tipos de decadencia que se verifican tanto entre las civilizaciones que han muerto, como en la nuestra –occidental- : la decadencia social, la cultural y la moral. 

Destaca tres procesos que permiten ver la decadencia social. El de la crisis de la anarquía, el de la pérdida de disciplina económica y el de la creciente burocracia. Asimismo, la decadencia cultural se percibe en el deterioro de la educación, en el debilitamiento de los fundamentos culturales, en la pérdida del respeto por la tradición y en la prevalencia del materialismo. A su vez, la decadencia moral se verifica en el aumento de la inmoralidad, en el abandono de la religión o la decadencia de las creencias religiosas y en la devaluación de la vida humana. 

Lo que nos facilita el análisis de Jim Nelson Black, es un esquema de las premisas que la historia muestra como recurrentes tanto en el desarrollo y crecimiento de las sociedades humanas como en su decadencia.

Así, sabemos que una civilización recorre el camino de ascenso cuando podemos observar que allí rige la armonía y el orden social, la disciplina económica, la lucha contra la burocracia paralizante, y según la importancia que se le dé a la educación, el valor que se le atribuya a los cimientos culturales, la fortaleza que tenga la tradición, la vigencia de creencias espirituales, de una visión  teocéntrica y que se practique la religión, así como se valore y defienda también la vida humana.

A su vez, es posible observar que las naciones se deslizan por un camino de descenso al abismo y a la destrucción si reina la anarquía y el caos, se destruye la economía, se fomenta la burocracia, se deteriora la educación, si  prevalece la decadencia cultural, y prima la hermenéutica de la ruptura, si el materialismo es la norma, la inmoralidad predomina, prevalece el agnosticismo y el ateísmo, y la vida y la dignidad humana carecen de valor.

A esta altura del siglo XXI, cuando consideramos la situación de nuestro mundo a la luz de los grandes aportes de Solzhenitsyn, es posible ver claramente que los efectos de dos “olas” de una misma revolución han cubierto oriente y occidente.

En oriente, la primera ha tomado la forma de un tsunami que ha barrido la sociedad hasta los cimientos, derrumbando todo lo que se interpuso en su camino. La recuperación de los pueblos afectados, tardará muchos años, suponiendo que las semillas de la tríada platónica (verdad, bien y belleza) germinen y den frutos abundantes.

La segunda ola, que arrasó a Occidente, se asemeja más a las llamadas “bombas de neutrones”, de las que se decía que dejaban los edificios en pie, y “solo” mataban a las personas, reduciendo así el costo de algún futuro “Plan Marshall” en el proceso de reconstrucción de la sociedad que debería seguir a una próxima guerra mundial. Esta “bomba neutrónica” es la revolución cultural, pero a diferencia de la mencionada bomba, ha deteriorado las instituciones sociales básicas que fueron los pilares de la civilización occidental, y ha debilitado la confianza y esperanzas que la sociedad depositaba en ellas, dejando a los sobrevivientes con una capacidad de reacción y de respuesta disminuida al extremo.

Hay que destacar, como señala Malia en La revolución como locomotora de la historia, que las revoluciones modernas tienen su origen en una Europa que fue extraviando su camino por siglos, derramándose como un virus en constante mutación por Occidente, para contagiar luego el resto del mundo.

¿Dónde encontrar la debilidad para buscar reencontrar la buena senda?

Los sistemas básicos que están en el origen del desarrollo de las civilizaciones comprenden a su vez  varios “sub-sistemas”. Entre ellos que se cuenta uno que da forma y “anima” a la sociedad (alma = ánima) constituido por las creencias religiosas y morales, otro articula los derechos y obligaciones y administra justicia, el sistema que favorece o destruye la creación de riqueza es el económico, el educativo forma a las personas, el sistema de administración del estado facilita o burocratiza los procesos, otro sistema provee la seguridad interior y exterior de las naciones, y un sistema cultural -que es como un esqueleto invisible- soporta la estructura. En Occidente, la ola revolucionaria se ha apoderado o ha tomado posiciones dominantes en todos esos sistemas a lo largo del siglo XX y en paralelo con la revolución comunista armada y violenta llevada a cabo donde sus apóstoles y guerreros han considerado necesario hacerlo.  

En este contexto la vida y las ideas de Alexander Solzhenitsyn, que ha pasado por todo el siglo XX como uno importante piloto de tormenta intelectual y protagonista de la lucha, y que resalta la importancia del papel de cada ser humano en el  lugar específico donde lo encuentra la vida, adquieren particular relevancia.

Daniel J. Mahoney nos lo recuerda así[2]: “La experiencia de la revolución ideológica nos enseña que todas las formas de maniqueísmo que afirman saber con certeza quién es una víctima y quién es un victimario, carecen de auto-conocimiento, de prudencia política y de sabiduría espiritual. Esta idea es mejor transmitida por Solzhenitsyn en El Archipiélago Gulag. En un pasaje memorable escribe que “la línea que separa el bien y el mal no pasa a través de los estados, ni entre las clases, ni entre los partidos políticos, sino a través de cada corazón humano, y a través de todos los corazones humanos. Esta línea cambia. Dentro de nosotros, oscila a través de los años... Es imposible expulsar el mal del mundo en su totalidad, pero es posible reducirlo dentro de cada persona” Palabras de sabiduría para todos los tiempos, y muy relevantes en momentos en que un moralismo político "políticamente correcto" (paradójicamente arraigado en un relativismo dogmático) se afianza en el mundo occidental. En Occidente necesitamos, como nunca antes, recurrir a la mejor sabiduría anti-totalitaria. Este camino de elevación espiritual y política que apunta a unir, lenta pero seguramente, a la política y a la conciencia, a la libertad y a la auto-limitación moral, con un saludable respeto  por los límites y las  imperfecciones humanas se encuentra entre las mentiras utópicas y la indiferencia moral posmoderna. Es un camino arduo que no tiene nada que ver con falsas esperanzas ni con utópicas ilusiones”

El que comprenda que la principal causa de la crisis es moral, también reconocerá que el remedio también lo es. Y cuando una gran parte de la sociedad tenga como fines propios y asumidos el procurar conocer la verdad y trabajar por el bien común, las soluciones técnicas y prácticas surgirán espontáneamente. 

Afirmaba hace poco Jonathan Sacks, Rabino Jefe de las congregaciones judías de la Commonwealth: “Estabilizar el euro es una cosa; sanar la cultura que lo rodea es otra. Un mundo en el que los valores materiales constituyen todo y los valores espirituales son nada, ni genera un Estado estable ni una buena sociedad. Ha llegado el momento para nosotros de recobrar la ética judeo-cristiana de la dignidad humana a imagen de Dios.”[3]

Benedicto XVI[4] insistía en la necesidad de recuperar valores perdidos: “la crisis actual “puede ser una ocasión para que toda la comunidad civil verifique si los valores en los que se basa la vida social han generado una sociedad más justa, equitativa y solidaria, o si por el contrario es necesaria una profunda reflexión para recuperar los valores que están en la base de una verdadera renovación de la sociedad, y que favorezcan una recuperación no solo económica, sino que  al mismo tiempo tienda a promover  el bien integral de la persona humana”. 

Es un camino duro y difícil, pero la historia mostró sus resultados, que se darán como cuando se cristianizó Roma. Thierry Boutet[5]  lo confirma en su libro “El compromiso de los cristianos en la política”: "… es el hombre el que hace la historia", decía Pío XII; hacen falta muy pocos hombres para cambiar radicalmente el curso de los acontecimientos. La historia de la Iglesia lo demuestra: doce apóstoles y un buen genio sobre dotado y frágil, que se convertirá en San Pablo, en el comienzo, van a transformar totalmente al mundo antiguo, desde  el interior. Leamos a Tertuliano: Muy rápido, al final de los tiempos apostólicos, ya bajo la persecución, y antes del Edicto de Milán en el año 313, los cristianos influyen de modo determinante en la sociedad y orientan el futuro de los imperios y reinos. Expresa Tertuliano en su Apología[6]: “7... Si hubieras buscado a quién mandar; te hubieran quedado más enemigos que ciudadanos. 8. Ahora, de hecho, tus enemigos son menos numerosos que los ciudadanos, debido a la multitud de cristianos, que son casi todos ciudadanos.”

Sin embargo, no sabemos lo que nos espera en el futuro. Ni acaso si estamos –como algunos sostienen- en el final de los tiempos.  James V. Schall sostiene que: “Agustín y Pieper tenían razón sobre el final de los tiempos. Solo los más valientes, a costa de sus vidas y de su status, podrán hablar de lo que implica la realidad. El mundo no se va a "convertir". Lo que va a suceder es lo que está sucediendo. El contenido de la misión cristiana será encontrado en aquellas palabras que no se permite pronunciar libremente y públicamente entre los hombres, palabras que se refieren a lo que es ser humano, a lo que está bien y a lo que está mal.” [7]

Mientras tanto, sabemos que nos toca reconstruir las comunidades de base, empezando por el entramado de instituciones que animan las civilizaciones, que son “las formas duraderas de nuestra vida común”, como “la familia, la Iglesia, un sistema escolar, una institución política”.

Efectivamente, estas instituciones básicas en un sentido forman al hombre y en el otro sentido dan forma a la vida social[8].  James Bradshaw comenta el último libro del teórico político estadounidense Yuval Levin, Time to Build. Este afirma que "nos hemos movido, más o menos, de pensar en las instituciones como moldes que dan forma a los personajes y los hábitos de las personas a verlas como plataformas que permiten a las personas ser ellas mismas y mostrarse ante un mundo más amplio". Las observaciones de este autor coinciden con las de Solzhenitsyn: "se supone que cada uno de nosotros nace con deficiencias pero es capaz de mejorar moralmente, que tal mejora ocurre "alma por alma", y que por lo tanto, no puede ser arrinconada por la transformación social o política, y que esta mejora -la formación del carácter y la virtud- es el trabajo principal de nuestra sociedad en cada generación"

Sin caer en maniqueísmos, el sentido que toma la lucha por la libertad del hombre divide las aguas de algún modo. Desde el iluminismo se han ido desarrollando de modo cada vez más nítido dos formas de revolución en la lucha del hombre por su libertad. Para ilustrar esta contraposición  un reciente texto de Joseph Loconte[9] contrapone a los revolucionarios franceses, con los impulsores de la revolución norteamericana: “En las revoluciones estadounidense y francesa, encontramos recorridos marcadamente diferentes hacia la libertad: dos visiones  de la naturaleza humana y la naturaleza de las sociedades políticas en conflicto. Una república -si se puede conservar- o "el amanecer de la dicha universal".” “La libertad, la razón y la revelación formaron una trinidad conceptual en la Revolución Americana porque los colonos eran herederos de la tradición lockeana. Esta perspectiva se exportó a los Estados Unidos en un sentido legal a través de la Ley de Tolerancia de Inglaterra de 1689, que ofrecía protección a las minorías protestantes disidentes de la Iglesia de Inglaterra.” “A diferencia de los filósofos franceses, los estadounidenses consideraban a las creencias y expresiones religiosas como un aspecto intrínseco de la naturaleza humana, un derecho natural que debe ser consagrado en la ley y la cultura.” Por su parte, “habiendo rechazado al Dios de Abraham, Isaac, Jacob y Jesús, los revolucionarios en Francia se volvieron hacia otras deidades: libertad, igualdad, fraternidad y "los derechos del hombre".

Irónicamente, quien confirmó los peores temores de Burke sobre los acontecimientos en Francia fue un francés, Alexis de Tocqueville: "Debido a que la Revolución parecía estar luchando por la regeneración de la raza humana incluso más por que por la reforma de Francia, encendió una pasión que las revoluciones políticas más violentas nunca antes habían podido producir". La revolución, dijo, asumió la apariencia de una cruzada religiosa, "o más bien, se convirtió en un nuevo tipo de religión, una religión incompleta, es verdad, sin Dios, sin ritual y sin vida después de la muerte, pero que, sin embargo, como el Islam, inundó la tierra con sus soldados, apóstoles, y mártires ".”

Prosigue Joseph Loconte: “En La Democracia en América de Tocqueville, su análisis magistral de la cultura estadounidense escrito más de medio siglo después de la Revolución Americana, encontramos una sorprendente descripción del excepcionalismo estadounidense con respecto al progreso de la religión en la sociedad democrática”: “Los filósofos del siglo XVIII explicaron el debilitamiento gradual de las creencias de una manera completamente simple. El celo religioso, decían, se extinguirá a medida que aumenten la libertad y la iluminación. Es lamentable que los hechos no concuerden con esta teoría. Hay una cierta población europea cuya incredulidad solo se iguala con su brutalidad e ignorancia, mientras que en Estados Unidos uno ve uno de los pueblos más libres e ilustrados del mundo cumpliendo con entusiasmo todos los deberes externos de la religión. A mi llegada a los Estados Unidos, fue el aspecto religioso del país lo que primero me llamó la atención... Entre nosotros [los franceses], había visto que el espíritu de la religión y el espíritu de la libertad casi siempre se movían en direcciones contrarias. Aquí los encontré unidos íntimamente entre sí: reinaban juntos en el mismo suelo.”

Finalmente afirma Loconte que “la libertad virtuosa, la libertad ordenada, es el único tipo de libertad para el que la república estadounidense fue diseñada”. Y cita a C.S. Lewis: "Porque amamos algo más que este mundo, amamos incluso este mundo mejor que aquellos que no conocen otro".

Los que buscan la felicidad a partir del caos y de la destrucción se equivocan. Pero también lo hacen quienes creen que el camino de la libertad pasa por una “reingeniería social” que ponga en el centro a un individualismo al que estiman capaz de determinar cuál es su verdadera felicidad según lo entienda su razón o su sinrazón… O quienes erigen a su excepcionalismo nacional como nuevo sistema métrico global.

Todo hombre cargado de orgullo que se crea ser el mismo –o la civilización a la que pertenece- el centro del universo, muestra obstinadamente los propios límites de su creencia y está destinado a morder el polvo de la derrota una y otra vez, y aunque logre ganar algunas batallas, finalmente perderá la guerra.

El camino a recorrer para llegar a la cima está señalado por la historia y por el sentido común.

Y aunque supiéramos que el mundo estuviera por terminar en las próximas horas, el final debería encontrarnos caminando en la dirección correcta hacia la cima, que por definición está hacia arriba. 

Uno por uno, en una gran e invisible cordada.




[1] Jim Nelson Black, When Nations Die (Wheaton, IL: Tyndale, 1994)
[2] “Más allá de la mentira ideológica: la revolución de 1989 treinta años después” Noviembre 2019 https://www.lawliberty.org/liberty-forum/beyond-the-ideological-lie-the-revolution-of-1989-thirty-years-later/
[4] https://www.aciprensa.com/noticias/papa-recuperar-valores-y-derrotar-individualismo-para-superar-la-crisis
[5] L'engagement des chrétiens en politique, Thierry Boutet, 2007. Editeur : Privat. Date de parution mars 2007
[6] L'APOLOGÉTIQUE DE TERTULLIEN - http://www.tertullian.org/french/apologeticum.htm - CHAPITRE XXXVII - 7 …Vous eussiez pu chercher à qui commander; il vous serait resté plus d'ennemis que de citoyens. - 8. Maintenant, en effet, vos ennemis sont moins nombreux que les citoyens, à cause de la multitude des chrétiens, qui sont presque tous citoyens. Et ces chrétiens, presque tous citoyens, vous avez préféré les considérer comme ennemis et leur donner le nom d'ennemis du genre humain plutôt que de l'erreur humaine! … 10. Or, sans même songer à récompenser un secours si précieux, sans vous dire que, loin de vous être à charge, notre race vous est nécessaire, vous avez préféré nous traiter en ennemis. Ennemis, nous le sommes assurément, non pas du genre humain, mais plutôt de l'erreur humaine!
[7] James V. Schall S.J. (1928-2019) Sobre la misión cristiana https://prudentiapolitica.blogspot.com/2019/11/agustin-y-pieper-tenian-razon-sobre-el.html
[8] https://www.mercatornet.com/features/view/why-has-america-become-such-a-fractured-society/23241
[9] https://www.nationalaffairs.com/publications/detail/two-revolutions-for-freedom